Dans la guerre que livrent au nord du Mali les
forces française et malienne, le sort de centaines d'enfants-soldats recrutés
par les combattants islamistes inquiète les organisations de défense des droits
de l'homme. Parfois placés en première ligne des combats, ils pourraient être
nombreux à avoir été blessés ou tués lors des affrontements en cours. Au regard
du Statut de Rome, qui a établi la Cour pénale internationale (CPI), le
recrutement d'enfants de moins de 15 ans par les forces armées gouvernementales
et non gouvernementales constitue un crime de guerre.
"Ansar Eddine, le Mujao et Al-Qaida au
Maghreb islamique (AQMI) ont recruté, entraîné et utilisé plusieurs centaines
d'enfants au sein de leurs forces depuis le début de l'occupation du nord du
Mali" entre fin mars et début avril 2012, affirme l'organisation Human
Rights Watch (HRW). Salvatore Saguès, chercheur sur l'Afrique de l'Ouest pour
Amnesty International, dit avoir rencontré en septembre "des enfants de
16-17 ans, embrigadés par les milices pro-gouvernementales. Or, en cas d'opération
généralisée, le recours aux milices pourrait se généraliser également".
Selon HRW, ces enfants sont en majorité
originaires du Mali et du Niger. Ils sont souvent recrutés dans les petits
villages et hameaux, en particulier ceux dont les habitants pratiquent depuis
longtemps le wahhabisme, une forme très conservatrice de l'islam. "C'est
une population assez fragile que l'on peut séduire avec quelques petits biens
et que l'on peut facilement endoctriner", précise Salvatore Saguès de Amnesty
International. A HRW, un témoin a raconté avoir vu lors de sa visite de six
petits camps d'entraînement dans la région de Gao, en décembre, plusieurs
dizaines d'enfants formés au maniement des armes à feu et suivant un
entraînement physique.
CONTRÔLE ET POLICE
"On a recueilli des témoignages certifiant
qu'avant même le conflit, des enfants-soldats ont été utilisés par les
islamistes pour faire les petits boulots comme surveiller les routes, rester
postés aux points de contrôle ou faire la police contre les gens qui fument ou
boivent de l'alcool", indique M. Saguès. Ainsi, une femme qui a fait le
trajet entre Bamako et Gao les 8 et 9 janvier, a décrit à HRW avoir vu des
enfants travaillant aux points de contrôle dans les villes de Boré, Douentza et
Gao.
"Il y avait tellement d'enfants au sein du
Mujao. A Boré, ce sont les enfants qui sont entrés dans notre autobus pour nous
demander nos papiers et contrôler nos bagages. Il n'y avait qu'un jeune homme
de plus de 18 ans à ce point de contrôle. Et à Douentza, il devait y avoir 10
garçons de moins de 18 ans, le plus jeune devait avoir seulement 11 ans",
témoigne-t-elle. "Les témoins ont également indiqué que des enfants
géraient des points de contrôle dans des zones affectées par les bombardements
aériens menés par la France ou près des zones de combat actif", affirme
encore HRW.
DES ENFANTS AU FRONT
Certains enfants-soldats auraient ainsi été
aperçus parmi les combattants islamistes qui ont attaqué la ville de Konna, le
10 janvier, indique Jean-Marie Fardeau, directeur du bureau français de HRW qui
cite des témoins directs. Un habitant de Konna a témoigné avoir vu "près
d'une douzaine d'enfants parmi (les combattants), dont certains avaient
seulement 12 ou 13 ans, tous armés de gros fusils et qui étaient à l'oeuvre aux
côtés des adultes".
Ces témoignages coïncident avec ceux d'habitants
de Gao. Certains disent avoir vu des enfants parmi les renforts qui quittaient
la ville pour Konna. Des mères à la recherche de leurs fils partis pour aller
combattre à Konna ont fait part de leurs craintes à l'organisation. D'autres
témoins encore ont dit avoir vu des enfants revenant à Gao après avoir été
blessés lors des affrontements à Konna. "Cela prouve que les islamistes
sont prêts à les utiliser dans des situations à très haut risque",
commente Jean-Marie Fardeau.
Les témoignages recueillis par HRW confirment que les enfants sont exposés aux plus grands périls : "Trois des sites d'entraînement de Gao où des temoins ont vu les enfants-soldats - dans et autour du Camp Firhoun, au jardin de Njawa et dans le bâtiment de la direction nationale des douanes - ont été pris pour cible par les bombardements aériens français le 12 janvier", note l'organisation.
yero gallo